Cet article d’opinion paraît dans l’édition du 21 septembre du Hill Times: Giving away our future – The Hill Times – The Hill Times
Le gouvernement fédéral semble prêt à passer à l’acte avec son projet visant à attirer des investissements privés dans les quatre plus grands aéroports du Canada. Les Canadiens et Canadiennes devraient se poser la question suivante : pourquoi proposer les aéroports de Toronto, Montréal, Calgary et Vancouver ?
Notre pays dispose d’un modèle aéroportuaire « conçu au Canada » qui fonctionne. Avant de céder davantage de contrôle de ces biens publics essentiels à des intérêts privés, le gouvernement devrait avant tout expliquer quel problème il cherche à résoudre.
La privatisation des aéroports a été expérimentée en Australie, en Nouvelle-Zélande, au Portugal, au Royaume-Uni et aux États-Unis, mais donné des résultats mitigés et suscité de sérieuses inquiétudes pour le personnel et les communautés concernés.
Certes, les investisseurs privés peuvent entraîner un afflux de capitaux, mais ils s’attendent à un retour sur investissement — et cet argent doit bien provenir de quelque part. L’expérience internationale a soulevé des inquiétudes légitimes concernant la hausse des coûts, la réduction des services et la pression sur l’emploi et les conditions de travail.
Le réseau aéroportuaire canadien est sûr, efficace et d’une grande importance économique. Il génère des recettes considérables pour le gouvernement fédéral et le contribuable canadien. Nos aéroports versent quelque 525 millions de dollars par an au titre du loyer foncier.
Nos autorités aéroportuaires fonctionnent selon un modèle à but non lucratif : les recettes sont réinvesties dans l’exploitation et les infrastructures aéroportuaires plutôt que distribuées aux actionnaires. La privatisation changerait fondamentalement cette donne. Les investisseurs privés s’attendent à des rendements compétitifs, ce qui signifie que les recettes actuellement conservées au sein du réseau aéroportuaire seraient plutôt redirigées vers les investisseurs.
On estime que, dans le cadre d’un modèle privatisé, les aéroports devraient générer 15 à 20 % de recettes supplémentaires pour offrir des rendements compétitifs. Ces recettes supplémentaires devraient provenir de quelque part — et les Canadiens et Canadiennes méritent de savoir d’où.
Ce modèle « conçu au Canada » a fait ses preuves. Nos grands aéroports sont bien entretenus et régulièrement modernisés, et continuent d’investir dans les infrastructures pour répondre aux besoins des passagers et des collectivités. Leur gouvernance inclut une représentation des collectivités et des régions qu’ils desservent, permettant de la sorte d’aligner leur développement sur les priorités locales en matière d’économie et de transport.
L’Union canadienne des employés des transports représente les travailleurs et travailleuses des aéroports de tout le pays, notamment ceux de Calgary et de Vancouver.
Rendez-vous dans l’un ou l’autre de ces aéroports pour y constater l’efficacité de leur fonctionnement ainsi que leur dynamisme économique. Ces aéroports sont déjà ouverts aux investissements. La question est de savoir si, pour attirer des investissements, il faut modifier en profondeur un modèle qui donne déjà satisfaction aux Canadiens et Canadiennes.
Nous ne sommes pas opposés à de tels investissements mais nous nous opposons cependant à ce que l’on brade nos actifs, soit notre avenir !
Nous craignons également que cette première phase de privatisation des aéroports n’entraîne à l’avenir des répercussions négatives sur l’ensemble de notre régime d’aviation civile. Les quatre principaux aéroports dont il est question ici fournissent déjà la majeure partie des revenus locatifs à Transports Canada, en raison de leur taille et de leurs activités commerciales. Une partie de ces fonds sert à compenser les coûts d’exploitation de certains des plus petits aéroports du pays, qui ne génèrent pas actuellement suffisamment de revenus pour payer l’intégralité de leur loyer. Cela entraînera-t-il de nouvelles réductions de service pour un pays qui dépend si fortement du transport aérien et ce, pour de nombreuses raisons différentes ? Personne ne le sait.
Ce que nous savons en revanche, c’est que le Canada dispose d’un réseau aéroportuaire qui fonctionne et qui apporte des retombées économiques à l’ensemble du pays. Alors, sommes-nous en droit de nous demander pourquoi changer une formule qui marche ? Nous gérons très bien les risques liés au transport aérien au Canada. Nous pourrions faire mieux, et nous y travaillons. Nous devrions continuer à améliorer notre actuel réseau aéroportuaire au lieu de prendre un pari risqué avec des infrastructures nationales essentielles.
Avant d’aller de l’avant, le gouvernement fédéral devrait expliquer clairement quel problème la privatisation est censée résoudre, quelles protections seront mises en place pour les travailleurs et travailleuses, et les collectivités, et en quoi la population canadienne sera mieux servie dans le cadre d’un nouveau modèle.


