Edgar Almeida, le président de la section locale 00047 à Sarnia, visite régulièrement Hay River, dans les Territoires du Nord-Ouest, pour vérifier les systèmes de gestion de la sécurité (SMS) de la Garde côtière canadienne (GCC).
Le travail d’Edgar met en lumière le lien entre le changement climatique et les risques liés au milieu de travail.
Changement climatique, évolution des conditions de travail
Travailler au Nord canadien, c’est être témoin de près d’un changement majeur dans le monde – et dans le monde du travail.

Edgar se rend dans le Nord pour son travail depuis 2020. Il a déjà constaté d’importants changements depuis lors. L’Arctique se réchauffe trois à quatre fois plus vite que la moyenne mondiale. Le pergélisol fond, les écosystèmes se transforment et la faune doit s’adapter. La glace de mer recouvre une superficie plus réduite et pendant une saison plus courte. La durée des saisons évolue, les régimes climatiques changent, et les cycles de reproduction et d’hibernation de la faune sont perturbés. Par conséquent, les dangers auxquels nos membres sont exposés changent eux aussi.
Travail en milieu sauvage
La Garde côtière canadienne est active sur le fleuve Mackenzie avec deux navires — le NGCC Dumit et le NGCC Eckaloo —, qui couvrent une zone immense. De Hay River, — leur port d’attache — à Tuktoyaktuk, le fleuve s’étend sur 1 500 km.
Le Mackenzie gèle complètement chaque année. Lorsque la glace se brise au printemps, les équipages de la GCC installent les bouées et les balises diurnes et effectuent des travaux d’entretien. Les barges comptent sur ces aides à la navigation pour approvisionner toutes les communautés au long du fleuve en carburant, en nourriture, en matériaux de construction et, en réalité, en tout dont elles ont besoin pour vivre. Ces communautés dépendent fortement du fleuve pour rester reliées au reste du monde. Elles l’utilisent également pour le transport et les loisirs.
Il y a normalement deux périodes par an pendant lesquelles les déplacements sont interrompus. Lorsque le Mackenzie est suffisamment gelé en hiver, des routes de glace peuvent le traverser. En été, la majeure partie du fleuve est navigable. C’est grâce au travail de nos membres que nous parvenons à réduire au minimum les périodes intermédiaires.
Il y a beaucoup à faire, car tout est exposé aux intempéries et à la faune. Almeida explique : « La débâcle printanière déchire les berges, déplace les marques journalières et affecte l’alignement des tours. Des équipements se cassent, des tours s’effondrent, des ours les renversent. Ces aides à la navigation doivent alors être réalignées et réinstallées. »
Tous les matelots à bord du Dumit et de l’Eckaloo sont membres de l’UCTE. C’est un travail physique très dur, effectué par équipes de 12 heures, 7 jours sur 7, sans interruption pendant cinq mois et demi.
Le programme des aides à la navigation (ATON) se divise en trois phases : le déploiement des bouées, les travaux sur les marqueurs diurnes et les tours, et le retrait des bouées.
À mesure que les températures baissent, avant que le fleuve ne commence à geler, nos membres repartent en mer pour retirer les bouées et les ancres et les entreposer dans des caches le long du fleuve. Bon nombre de nos membres d’équipage en mer travaillent sur d’autres navires de la GCC à la fin de la saison — ou occupent d’autres emplois pour changer d’air.

Bibittes, ours, feux des broussailles
L’audit SMS consiste notamment à identifier les dangers sur le lieu de travail ainsi que pour le public. Cela rejoint le travail d’Edgar en matière de santé et de sécurité au sein de l’UCET.
Lorsque la qualité de l’air est mauvaise à cause de la fumée des feux de forêt, explique Edgar, « même avec le meilleur masque N95 du monde, on finit par inhaler des particules en suspension dans l’air, car la transpiration altère l’efficacité des masques N95 ».
« Et les insectes, c’est une autre histoire. Je suis allé dans la toundra en juillet et en août, et il y a là-bas un insecte qu’on appelle les “bulldogs”. On porte donc une veste en filet qui descend jusqu’à la taille et qu’on resserre bien, mais ils parviennent quand même à se mettre dessous. Ils ont à peu près la taille de frelons, et ils piquent. »
Les ours, eux aussi, s’adaptent. Ils se reproduisent plus tôt et hibernent plus tard en raison du réchauffement climatique. Les frelons, eux aussi, se reproduisent à des périodes différentes : ils ne constituaient pas un problème par le passé pour nos matelots, mais ils sont désormais plus présents.
La liste des dangers dans l’arrière-pays semble décourageante, c’est le moins qu’on puisse dire, mais ce travail est essentiel pour assurer l’approvisionnement des communautés.
Des infrastructures menacées
Pas à pas, les infrastructures qui soutiennent les habitants du Nord doivent s’adapter. Le rôle même de la rivière dans la vie du territoire est menacé.
L’année 2022 a connu des niveaux d’eau historiquement élevés sur le fleuve, tandis qu’à partir de 2023, on a enregistré des niveaux historiquement bas, ce qui a considérablement affecté la navigation fluviale. En 2024, les navires Eckaloo et Dumit ont été redéployés alors que certaines parties du fleuve étaient inaccessibles à la navigation en raison de la sécheresse. On évoque même aujourd’hui un projet de route permanente – un plan B pour les périodes où le Mackenzie n’est pas navigable.
Hay River a été entièrement évacuée à trois reprises rien qu’en 2022 et 2023. Il n’y a qu’une seule autoroute menant à Yellowknife, et Almeida a déclaré que c’était comme rouler « à travers les portes de l’enfer ». Des parties des voitures fondaient ; le feu s’approchait tout près de la route — certains véhicules ont pris feu en chemin. Il existe également des feux « zombies » — alimentés par de la matière végétale enfouie sous terre — qui brûlent sans discontinuer depuis 2023.
À mesure que le pergélisol fond, les fondations des bâtiments sont déstabilisées et les tours ATON (utilisées pour les balises diurnes, les feux côtiers, les balises radar et autres équipements de navigation) sont elles aussi mises à mal. Les changements s’accumulent et se compliquent mutuellement.
Le changement climatique transforme la vie et le travail dans le Nord d’une manière qui devrait nous intéresser tous. Pour nos membres, le changement climatique n’est pas seulement un enjeu environnemental ; c’est aussi un enjeu de santé et de sécurité au travail. Nos membres des Territoires du Nord-Ouest en font l’expérience en premier et le plus rapidement, mais les enseignements tirés par Edgar en matière de sécurité au travail, de résilience des infrastructures et d’adaptation prendront de plus en plus d’importance partout au Canada.


